Immobilier8 min29 juillet 2026

Vendre un bien immobilier hérité en Algérie depuis l'étranger

Vous avez hérité d'un bien en Algérie et vivez à l'étranger ? Voici comment le vendre à distance : procuration, documents et étapes chez le notaire.

Vendre un bien hérité en Algérie sans s'y rendre est possible, à deux conditions : la succession doit avoir été réglée au préalable, et le vendeur doit délivrer une procuration spéciale de vente. L'article 574 du code civil algérien impose en effet un mandat spécial pour conclure une vente, et l'article 572 exige que ce mandat soit donné dans la forme requise pour l'acte juridique qui en est l'objet — donc en la forme authentique lorsqu'il s'agit d'un immeuble.

Peut-on vendre un bien hérité en Algérie depuis l'étranger ? Oui. L'héritier établit une procuration spéciale devant le consulat d'Algérie de son lieu de résidence, ou devant un notaire local suivie d'une légalisation. Son mandataire signe ensuite l'acte de vente en son nom devant le notaire algérien. La vente ne peut toutefois intervenir qu'une fois la dévolution successorale constatée et, si le bien est indivis, l'accord des co-héritiers réuni dans les conditions des articles 720 et 722 du code civil algérien.

1. L'étape préalable obligatoire : régler la succession

On ne vend pas un bien encore inscrit au nom du défunt. La qualité d'héritier doit être établie avant toute mise en vente : l'article 126 du code de la famille algérien fixe les bases de la vocation héréditaire — la parenté et la qualité de conjoint — et l'article 128 énumère les qualités requises pour prétendre à la succession.

L'article 180 du même code impose par ailleurs un ordre de prélèvement sur la succession : les frais de funérailles et d'inhumation dans les limites admises, puis le paiement des dettes dûment établies à la charge du défunt, puis les biens objets d'un legs valable. Un bien grevé de dettes successorales non apurées ne peut donc pas être vendu librement.

La liste exhaustive des pièces à réunir figure dans notre guide sur les documents nécessaires pour une succession en Algérie.

2. Pourquoi une procuration générale ne suffit pas

Une procuration rédigée en termes généraux ne permet pas de vendre. L'article 573 du code civil algérien limite le mandat conçu en termes généraux aux actes d'administration : baux dont la durée n'excède pas trois ans, actes de conservation et d'entretien, recouvrement des créances et acquittement des dettes.

L'article 574 exige à l'inverse un mandat spécial pour conclure une vente, constituer une hypothèque ou consentir une libéralité. La procuration doit donc viser expressément la vente et désigner le bien concerné. L'article 575 rappelle que le mandataire est tenu d'exécuter le mandat sans excéder les limites fixées : un prix plancher inscrit dans l'acte s'impose à lui.

Notre guide dédié explique en détail comment établir une procuration notariée depuis l'étranger, au consulat comme chez un notaire local.

3. Si le bien est indivis entre plusieurs héritiers

C'est le cas le plus fréquent, et celui qui bloque le plus de dossiers. Trois règles du code civil algérien commandent la situation :

  1. Chaque héritier peut demander le partage à tout moment, sauf s'il est tenu de rester dans l'indivision par la loi ou par une convention (art. 722).
  2. La vente du bien indivis peut être décidée par les titulaires des trois quarts au moins des quotes-parts, sur motifs sérieux notifiés aux autres par acte extra-judiciaire, le dissident disposant de deux mois pour saisir le tribunal (art. 720).
  3. Un héritier qui vend sa seule quote-part à un tiers expose l'acquéreur au retrait : tout co-indivisaire peut se substituer à lui dans un délai d'un mois, en le remboursant de tous ses débours (art. 721).

Vendre sa part isolément est donc juridiquement possible mais commercialement fragile. Le mécanisme complet est décrit dans notre article sur la sortie d'indivision après un héritage.

4. Les documents à préparer depuis l'étranger

  • Procuration spéciale de vente, en la forme authentique, désignant le bien et fixant les pouvoirs du mandataire.
  • Pièce d'identité algérienne en cours de validité et acte de naissance n° 12.
  • Acte constatant la dévolution successorale et, le cas échéant, l'acte de partage.
  • Titre de propriété du bien et certificat de propriété récent délivré par la conservation foncière.
  • Quittances d'impôts fonciers à jour et état hypothécaire attestant l'absence de garantie grevant le bien.

Le notaire vérifie l'ensemble au titre de l'article 12 de la Loi n° 06-02, qui lui impose de s'assurer de la validité des actes et d'instruire les parties de l'étendue de leurs obligations et de leurs droits.

5. Le déroulement de la vente et le rôle du notaire

Une fois le dossier complet, le mandataire signe l'acte authentique au nom du vendeur. Le notaire procède ensuite à l'enregistrement puis à la publication à la conservation foncière — étape déterminante, puisque l'article 793 du code civil algérien subordonne le transfert de la propriété des immeubles, tant entre les parties qu'à l'égard des tiers, à l'accomplissement des formalités de publicité foncière. L'article 10 de la Loi 06-02 charge expressément le notaire de veiller à l'exécution de l'enregistrement et de la publicité des actes dans les délais prescrits par la loi.

Sur le paiement, une règle protège le vendeur absent : l'article 256 du code de l'enregistrement impose, dans les actes notariés portant mutation à titre onéreux d'immeubles ou de droits immobiliers, que le cinquième du prix de la mutation soit libéré obligatoirement, le paiement à la vue et entre les mains du notaire rédacteur étant également obligatoire.

6. Les frais : qui paie quoi

Bonne nouvelle pour l'héritier vendeur : l'article 393 du code civil algérien met les droits d'enregistrement et de timbre, la taxe de publicité foncière, la taxe notariale et tous les autres frais à la charge de l'acheteur, sauf disposition légale contraire. Le coût propre au vendeur se concentre donc sur les actes préalables à la vente.

ActeBarèmeExemple chiffré
Fridha (succession simple)§ 43 — taxe fixe3 000 DA
Procuration de vente§ 58 — taxe fixe3 000 DA
Partage préalable, si nécessaire§ 55 — 3 % / 2 % / 1 %Sur 6 000 000 DA : 75 000 DA
Honoraires de la vente§ 76-A — 3 % / 2 % / 1 %Sur 9 000 000 DA : 105 000 DA
Droit d'enregistrement de la venteArt. 252 du code de l'enregistrement — 5 %Sur 9 000 000 DA : 450 000 DA

Les taux des droits pouvant être modifiés par les lois de finances successives, faites confirmer le chiffre applicable par le notaire chargé du dossier. La part honoraires se vérifie immédiatement avec le calculateur Kateb.

7. Le transfert des fonds vers l'étranger

Le produit de la vente est encaissé en dinars algériens, en Algérie. Le transfert éventuel de tout ou partie de ces fonds vers un compte à l'étranger relève de la réglementation des changes et du contrôle bancaire, qui ne figurent pas dans les textes notariaux cités ici. Cette question doit être examinée en amont avec la banque domiciliataire et, si nécessaire, avec les autorités compétentes : elle conditionne souvent l'intérêt même de l'opération et se prépare avant la signature, non après.

8. Les pièges courants

  • Une procuration rédigée en termes généraux, inutilisable pour une vente au regard des articles 573 et 574 du code civil.
  • Une succession non réglée : sans dévolution constatée, le notaire ne peut pas identifier les vendeurs.
  • Une indivision ignorée : vendre sans réunir les trois quarts exigés par l'article 720 expose l'opération à contestation.
  • Un héritier mineur parmi les co-partageants, qui impose le partage judiciaire en vertu de l'article 181 du code de la famille.
  • L'absence de suivi de la publication foncière, dont dépend le transfert de propriété selon l'article 793 du code civil.

Conclusion

Vendre un bien hérité depuis l'étranger se joue en amont : régler la succession, purger l'indivision, rédiger une procuration spéciale irréprochable. Ces trois préalables réglés, la vente elle-même se déroule comme n'importe quelle transaction, le mandataire signant au nom du vendeur absent. Kateb accompagne les notaires algériens sur ces dossiers en retrouvant instantanément l'article applicable du corpus et en calculant les honoraires dus selon le Décret 08-243.

Questions fréquentes

Faut-il régler la succession avant de vendre un bien hérité en Algérie ?
Oui. La qualité d'héritier doit être constatée avant toute vente : l'article 126 du code de la famille algérien fixe les bases de la vocation héréditaire et l'article 128 les qualités requises pour prétendre à la succession. L'article 180 impose en outre de prélever d'abord sur la succession les frais funéraires et les dettes dûment établies du défunt.
Tous les héritiers doivent-ils signer pour vendre un bien indivis ?
Pas nécessairement tous. L'article 720 du code civil algérien permet aux co-indivisaires détenant au moins les trois quarts de la chose commune de décider l'aliénation, sur motifs sérieux notifiés aux autres par acte extra-judiciaire. Le co-indivisaire dissident dispose de deux mois à compter de la notification pour saisir le tribunal.
Qui paie les frais de notaire lors de la vente d'un bien hérité ?
L'acheteur, sauf disposition légale contraire. L'article 393 du code civil algérien met à sa charge les droits d'enregistrement et de timbre, la taxe de publicité foncière, la taxe notariale et tous les autres frais. Le vendeur héritier supporte en revanche le coût des actes préalables, notamment la fridha, tarifée 3 000 DA au paragraphe 43 du Décret 08-243.
Peut-on vendre sa part d'héritage sans l'accord des autres héritiers ?
Un co-indivisaire peut céder sa quote-part, mais l'acquéreur reste exposé au retrait : l'article 721 du code civil algérien permet à tout autre co-indivisaire de se substituer à lui dans un délai d'un mois à compter du jour où il a eu connaissance de la vente ou du jour où elle lui a été notifiée, en le dédommageant de tous ses débours.

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